Rapport de mission effectuée du 9 au 20 juillet 2007 à Belgrade et Kosovska Mitrovica

08/07/2013 16:57

Rapport de mission effectuée du 9 au 20 juillet 2007 à Belgrade et Kosovska Mitrovica.

 

 

 

Mandatée par les membres de l’Association IBAR 34 de Béziers (34500) et conjointement avec M. Nedzmedin NEZIRI pour l’association Fleuve IBAR – URYD de Troyes (10000), j’ai participé au voyage d’étude effectué par le « Collectif Citoyen pour la Paix au Kosovo-Métochie » du 9 au 20 juillet 2007.

 

Notre objectif au sein de ce collectif était d’évaluer la situation de la population Rrom de Kosovska Mitrovica, notamment sur les plans sanitaires, sociaux et économiques. Ainsi que la question de la reconstruction de Fabricka Mahala, quartier historique de la présence Rrom à Mitrovica depuis 500 ans.

 

De plus, nous souhaitions obtenir de plus amples informations concrètes sur l’accord signé par la Serbie concernant le retour des réfugiés et déplacés d’origine Rrom se trouvant actuellement sur le territoire européen, accord dit « de réadmission ».

 

Nous avons donc rencontré en entretien, à Belgrade MM. :

 

  • Srđan ŠAIN, Député rrom au Parlement serbe,
  • Ljuan KOKA, Conseiller au Parlement sur la question rrom,
  • Đurđica ERDIĆ, responsable du programme de réadmission,
  • Mansour HALITI, Attaché parlementaire auprès de M. SAIN,
  • Bajram HALITI, écrivain, représentant au Congrès Mondial Rrom,
  • Slobodan Bittner BOJIC, Président de l’association UUI GYPSIES,
  • Seladin OSMAN, Président de l’Association Nationale Serbe des Rroms Egyptiens,
  • Ana RADMIPOVIC, Secrétaire de l’Association Nationale Serbe des Rroms Egyptiens.

 

I – Accord de Réadmission :

 

L’accord de réadmission est signé, il s’agit d’un accord entre la Serbie et l’Union Européenne qui prévoit le retour de 140 000 Rroms actuellement en Europe sous différents statuts.

 

L’Allemagne a déjà commencé le rapatriement. La France doit ratifier l’accord, celui-ci ayant été signé au moment des élections présidentielles.

 

Les conditions de retour des personnes concernées sont, on peut sans exagération l’affirmer, dramatiques. A leur arrivée à l’aéroport de Belgrade, seule la prise en charge d’un aller simple (bus) pour la ville d’origine de la personne rapatriée est prévue, afin qu’elle puisse retirer les documents d’état civil nécessaire à l’ouverture de ses droits civils, sociaux et médicaux. Il n’existe pas de centre d’hébergement ni de versement d’aide financière d’aucune sorte. Les familles ou individus arrivant par l’aéroport de Belgrade se voient remettre une plaquette d’information par le Bureau de Réadmission (ouvert dans l’aéroport) leur indiquant les démarches à effectuer. Un bilan de ses dettes fiscales est indiqué à la personne et si elle n’est pas en mesure de les payer, elle est incarcérée d’office jusqu’à règlement.

 

Beaucoup de familles ne peuvent pas retourner sur leur lieu d’origine, notamment celles en provenance de Mitrovica. Destruction de leur habitation d’origine, peur des représailles, aucune possibilité de travail, plus de famille sur place .... font que les familles choisissent de rester à Belgrade dans l’espoir d’un règlement plus favorable de leur situation.

 

Nous avons visité plusieurs sites dans Belgrade où se trouvent les personnes rapatriées qui n’ont pas de famille pouvant les prendre en charge. Nous avons pu retrouver plusieurs familles de Mitrovica dont certains des membres, réfugiés en Europe, nous sont connnus.

 

De fait, ces familles sont contraintes de venir grossir les rangs de centaines d’autres vivant déjà dans des conditions inacceptables au XXI° siècle.

 

Toutes ces familles sont Rroms.

 

Sans eau ni électricité, sans canalisations ni sanitaires, sans toit solide sur la tête, ces familles vivent dans de véritables bidonvilles dignes de ceux que l’on rencontre dans de nombreuses villes de pays sous-développés. Actuellement 160 sites sont répertoriés dans Belgrade et ses environs. Dans chacun de ces sites, vivent au minimum 15 familles (en dessous de 15 familles, les sites ne sont pas comptabilisés). Nous avons visité plusieurs de ces sites dont le principal sous le Pont « Gazele » où vivent plusieurs milliers de personnes.

 

Il n’y a pas de prise en charge médicale régulière par les ONG.

Les enfants ne sont pas scolarisés.

 

C’est dans des conditions de désespérance totale que nous avons pu dialoguer avec ces familles. Elles nous confirment toutes la même situation, quel que soit le site visité.

 

L’occupation principale est de trouver suffisamment de nourriture ou de ressources journalières pour la famille. Le seul « travail » auquel elles ont accès est la récupération de matières premières revendables : papier, carton, métal ... toute la famille est occupée à ces ramassages dans la ville et ses environs. Leur seul objectif est de manger à leur faim au quotidien, ce qui est rarement le cas. Ce travail leur impose de vivre au milieu des ordures qu’ils stockent avant revente. Le ramassage n’étant pas fait par les services de la voirie urbaine, tous les sites ressemblent à d’immenses décharges. Les ordures s’entassent autour des cabanes précaires qui les abritent et sont la raison de la présence massive de rats et par là-même de maladies endémiques permanentes. Leur survie dépend de la quantité d’ordures exploitables ou ingurgitables et il n’est pas rare de voir dans les rues de Belgrade, des enfants de 3 ans chercher par eux mêmes de quoi se nourrir, accompagnés par d’autres enfants à peine plus âgés.