Macédoine : profession, ramasseur de bouteilles en plastique
Macédoine : profession, ramasseur de bouteilles en plastique
Par Sonja Hristovska
« Je vais être expulsé de chez moi ! Dites-moi où aller ? J’ai des jumeaux. Je vis parmi les bouteilles. Je vis des bouteilles. J’ai été champion de la récupération de bouteilles en plastique. Mais les autorités nous pourchassent… Du coup, on se retrouve à la rue. On va d’un endroit à l’autre. On gagne notre vie en fouillant les bennes à ordures, ma famille et moi. Tous les quatre, on vit de ça »...
Asan Redžep peine à retenir ses larmes. Il est ramasseur de bouteilles en plastique, une activité encore largement illégale en Macédoine. Il est quotidiennement exposé aux maladies, risque à tout moment de se faire renverser par une voiture, et subit d’incessantes pressions policières. À Skopje, on compte à peine 19 ramasseurs de bouteilles en plastique bénéficiant d’une autorisation délivrée par les services municipaux de l’hygiène. Mais ils seraient plus de 3.000 à travailler au noir dans les rues de la caipitale, et 5.000 en Macédoine.
Fin mai, un projet financé par l’Union européenne et visant à légaliser la situation des ramasseurs de bouteilles a été rendu public par l’ONG MDC Ti-net. Il sera mis en œuvre dans les villes de Skopje, Strumica et Kočani. Objectif : intégrer de façon légale les ramasseurs de bouteilles dans le système de recyclage des déchets. Si rien ne change, expliquent les initiateurs de ce projet, l’existence déjà précaire de ces familles sera compromise pour de bon. Mais si elles intègrent le système, via un partenariat privé ou public, les avantages seront multiples.
« Skopje compte plus de 3.000 ramasseurs de bouteilles. Ils vivent dans une vingtaine de localités différentes, dans des quartiers informels et dans des conditions de vie insalubres. Ils ne savent pas quoi faire pour changer leur situation. Ils ne connaissent ni leurs droits sociaux ou de santé, ni les moyens de les obtenir. Or, la concurrence et la modernisation vcont de pair avec l’intérêt croissant pour le recyclage. Conséquence : la collecte traditionnelle des emballages est menacée. Les ramasseurs de bouteilles risquent de perdre leur travail. Il faut donc qu’ils aient accès à tous les régimes de retraite et d’assurance-maladie », explique Zurija Fazliovska, assistante de ce projet.
Filip Ivanovski, de l’organisation Pakomak chargée de la récupération et du recyclage des déchets d’emballages, estime que les ramasseurs de bouteilles devraient être intégrés et reconnus comme un groupe exerçant une activité d’utilité publique. « Ils existent en collectant les emballages. Toute exclusion, interdiction d’exercer ce droit de ramassage peut les pousser à gagner leur vie en ayant recours des moyens illégaux. Près de 5.000 ramasseurs et leur famille survivent grâce à ce travail. Nous avons besoin d’une plus grande coopération entre les institutions. La ville de Skopje devrait autoriser au moins 200 personnes à obtenir un permis de ramassage afin de les sensibiliser et de leur faire prendre conscience de la nécessité d’une vraie organisation du travail. En Macédoine, nous avons bien des usines de recyclage de plastique, mais elles ne reçoivent pas assez de matières premières pour fonctionner. Pas faute de déchets, mais parce qu’il n’y a personne pour les ramasser... »

